Rio est bien connu pour ses paysages luxuriants, verts, bleus, le sable de Copacabana, le Pain de Sucre et le Christ, mais bien connu aussi pour son époque des pluies, les fameuses "eaux de mars", chantées par Tom Jobim et Elis Regina.

C'est la fin de l'été et l'arrivée de l'automne qui determine cette saison un peu (beaucoup) poisseuse pour beaucoup de cariocas et fluminenses (natifs de Rio, l'Etat). Car ici quand il pleut, c'est le déluge absolu. Une tempète qui ne s'arrête pas, et qui finit par envahir les rues d'eau et, par conséquent, les maisons et les magasins.

Et pourquoi ? Car Rio (et je ne vais m'attarder que sur la ville), est une ville ancienne, aux égouts surannés. Jamais ils n'y a eu de travaux lancés pour une amélioration de la distrubution des eaux pluviales, les déchets de la ville sont transportés dans les caniveaux et bouchent les grilles d'égouts, ce qui résulte en une mare gigantesque qui au bout de quelques minutes se transforme en une lagune de vaste étendue. Il faut dire aussi que ce système d'égouts est particulièrement peu adapté aux situations climatiques de ces dernières années. Vive le réchauffement de la planète.

J'habite à Botafogo, et quand il commence à pleuvoir cats and dogs, je sais qu'il me faudra prendre une barque pour pouvoir me déplacer dans la ville.

Mais ça, c'est la partie chiante-merci-monsieur-le-maire-pour-votre-incapacité. Le plus grave, ce sont les avalanches de terre qui dévastent les maisons et tuent des dizaines de personne et en déloge des centaines à chaque tempète. Et ça, ça se passe aussi bien à Rio, la ville (dans le Nord), mais surtout dans la montagne (appellée ici, la Serra = montagne).

Hier par exemple, grosse pluie toute la journée. Par intermittence, mais beaucoup, beaucoup d'eau. Pareil la nuit. Et ce matin : 17 morts et plus de 560 sans-abris.
Ce qui se passe dans la Serra, c'est la chose suivante : les montagnes de Rio sont faites de granit. Par dessus ce granit, il y a de la terre, des arbres, des plantes. Et, en aval de tout ce petit monde, des habitations précaires faites de bois, de brique, de tôle, de plâtre bon marché. Notez, même si c'était fait de béton armé, je doute que ça résiste a une coulée de boue et de bois.

Car c'est ce qui se passe quand il pleut. La terre absorbe un maximum l'eau. Sauf que quand celle-ci arrive a son maximum, le granit fait comme un aqua-splash, et la terre glisse d'amont en aval et emporte tout avec elle. Résultat ? La petite maison faite de pain d'épice se retrouve submergée de boue et ses habitants meurent enlisés. Et ça, chaque année à la même époque.

Mais que fait le gouvernement pour parrer a ce problème ? Eh bien, par grand chose on dirait. Il est vrai que la plupart des habitations en aval des flancs de montagne sont construites illégalement, mais a la vue et au su de tous. A chaque tragédie, de nouvelles mesures sont proposées, de nouveaux financements sont votés pour le relogement des personnes sans-abris, des sirènes d'alertes sont mises en place. Mais rien ne se passe. Les mesures restent faibles, les HLM construits restent a l'abandon, et les sirènes, pour la plupart, ne fonctionnent pas au moment ou il le faudrait.

Mais disons que même si ces mesures étaient toutes fonctionnelles, on ne peut rien contre la nature. Quand il pleut plus de 300mm en 24h, comment protéger sa maison de l'envahissement permanent de l'eau ? Comment empêcher que les voitures, les arbres, ne sont transportés par le courant des fleuves ? Comment empêcher les morts ?

Lorsque l'Empereur Pedro II a fondé sa ville il y a 1 siècle et demi, je doute qu'il ait un seul instant pensé les ravages et les perturbations climatiques détruiraient sa demeure estivale. Et aujourd'hui, en début 2013, les habitants se sentent démunis et inconsolables. Et morts de peur a chaque pluie qui commence.

Pour finir sur une note un peu moins macabre, je vous partage ici les paroles de la chanson "Águas de Março", magnifique duo de deux artistes au talent incommensurable :

Águas de Março

É pau, é pedra, é o fim do caminho
É um resto de toco, é um pouco sozinho
É um caco de vidro, é a vida, é o sol
É a noite, é a morte, é o laço, é o anzol

É peroba do campo, é o nó da madeira
Caingá, candeia, é o Matita Pereira
É madeira de vento, tombo da ribanceira
É o mistério profundo, é o queira ou não queira

É o vento ventando, é o fim da ladeira

É a viga, é o vão, festa da cumueira
É a chuva chovendo, é conversa ribeira
Das águas de março, é o fim da canseira

É o pé, é o chão, é a marcha estradeira
Passarinho na mão, pedra de atiradeira
É uma ave no céu, é uma ave no chão
É um regato, é uma fonte, é um pedaço de pão

É o fundo do poço, é o fim do caminho
No rosto o desgosto, é um pouco sozinho
É um estrepe, é um prego, é uma ponta, é um ponto
É um pingo pingando, é uma conta, é um conto

É um peixe, é um gesto, é uma prata brilhando
É a luz da manhã, é o tijolo chegando
É a lenha, é o dia, é o fim da picada
É a garrafa de cana, o estilhaço na estrada

É o projeto da casa, é o corpo na cama
É o carro enguiçado, é a lama, é a lama
É um passo, é uma ponte, é um sapo, é uma rã
É um resto de mato, na luz da manhã

São as águas de março fechando o verão
É a promessa de vida no teu coração

É uma cobra, é um pau, é João, é José
É um espinho na mão, é um corte no pé

São as águas de março fechando o verão,
É a promessa de vida no teu coração

É pau, é pedra, é o fim do caminho
É um resto de toco, é um pouco sozinho
É um passo, é uma ponte, é um sapo, é uma rã
É um belo horizonte, é uma febre terçã

São as águas de março fechando o verão
É a promessa de vida no teu coração
Pau, pedra, fim, caminho
Resto, toco, pouco, sozinho
Caco, vidro, vida, sol, noite, morte, laço, anzol

São as águas de março fechando o verão
É a promessa de vida no teu coração.

(vidéo ici)

chuva_rio

(Sources : Letrasmus.br ; crédit photo Alessandro Buzas/Futura Press/Estadão Conteúdo)