Il y a une expression en portuguais qui est significative du n'importenawak, c'est "samba do crioulo doido". En réalité, ça vient d'une parodie de samba-enredo, composé par le journaliste Sérgio Porto, qui s'est moqué du fait que à l'époque, les écoles de samba avaient l'obligation de retracer des faits historiques. L'histoire est assez intéressante, j'écrirais un post là-dessus un de ces 4 (comme la centaine d'autres que je promet sans cesse).

Cette expression est traduisible par "samba du créole dingue". Oui, ça se veut racialement offensif, mais quand j'écrirais le post sur l'origine de cette parodie, vous comprendrez mieux pourquoi, donc ne le prennez pas mal tout de suite (NB : contrairement à Guéant, pour moi toutes les civilisations se valent ou en tout cas, devraient se valoir).

Pour revenir à mes moutons carnavalesques, si vous vous souvenez bien, chaque école de samba doit avoir son samba-enredo (thème de l'école, mis en paroles et musique), un truc bien rodé qui est illustré par les chars décorés et les sambistes sur la piste.
On a déjà vu beaucoup d'histoires se passer sur la Sapucaí : des hommages aux grands hommes qui ont construit, d'une façon ou d'une autre, le Brésil d'aujourd'hui, comme Carlos Drummond de Andrade, Chico Buarque, Carlos Machado, JK, Noel Rosa, Nelson Cavaquinho et bien d'autres, plusieurs samba-enredos sur la samba, les 50 ans de Brasilia, les secrets gardés de l'Histoire, d'autres sur la cérémonie du mariage, divers hommages aux Etats de Rio, du Minas Gerais, de Bahia, un autre sur les malades mentaux et la psychiatrie, puis sur l'immigration japonaise au Brésil, l'esclavage et la situation des premiers africains au Brésil, et même, sur... les cheveux.

Et cette année, plus étranges que les cheveux (école de Vila Isabel), le yaourt. Ou, soyons honnêtes : le lait (sponsorisé par Danone©).
C'est grâce à un journaliste qui a une colonne sociale hebdomadaire que je vais pouvoir faire la présentation de cet insensé et très particulier samba-enredo.
Techniquement, le samba-enredo de l'école Porto da Pedra, a pour titre "De la sève maternelle à l'équilibre de la vie". Et l'histoire commence avec : Hera. Oui, la femme de Zeus. Peut-être mangeait-elle beaucoup de yaourt, parce que sinon sincèrement je ne comprend pas ce qu'elle fait dans la chanson. Mais bref. Dans le reste de l'enredo, le yaourt brille de mille feux, vainc des batailles (la guerre des yaourts, probablement), barbote dans l'eau de mer avant d'atterir sur notre table de petit dej' comme "le dessert populaire qui va activer nos fonctions vitales et nous rendre plus beaux."
Le journaliste propose que le public du Sambodrôme mange des yaourts durant le défilé de l'école, afin d'illustrer plus clairement l'enredo. Son souhait est presque exaucé, j'ai lu dans un article, que l'école avait préparé des diffuseurs d'odeur de yaourt qui seront utilisés durant le défilé. Le Sambodrôme de Rio va sentir la laiterie normande.
Et moi, je cours acheter une yaourtière.

yaourt_cuillere_bleue

Samba-enredos des écoles 2012 :

Beija-Flor: "São Luís - O Poema Encantado do MARANHÃO" (hommage à la Ville de São Luiz (Nordeste), état du Maranhão)

Grande Rio: "Eu Acredito em Você! E Você?" (parle du fait de se dépasser)

Imperatriz: "Jorge, Amado Jorge" (hommage à l'auteur Jorge Amado)

Mangueira: "Vou festejar, sou Cacique, sou Mangueira" (hommage au bloco Cacique de Ramos)

Mocidade: "Por ti, Portinari: Rompendo a tela, à Realidade" (hommage à Portinari)

Portela: "...E o povo na rua cantando é feito uma reza, um ritual..." (à propos des fêtes et rituels de Bahia)

Porto da Pedra: "Da seiva materna ao equilíbrio da vida" (le fameux du yaourt)

Renascer de Jacarepaguá: "O Artista da Alegria dá o Tom da Folia" (hommage à l'artiste-peintre, Romero Brito)

Salgueiro: "Cordel Branco e Encarnado" (hommage aux "cordels", genre litéraire populaire du Nordeste)

São Clemente: "Uma aventura musical na Sapucaí" (sur les comédies musicales)

União da Ilha: "De Londres ao Rio: era um vez... uma Ilha..." (sur la culture britanique et les J.O 2012 à Londres)

Unidos da Tijuca: "O dia em que toda a realeza desembarcou na Avenida para coroar o Rei Luiz do Sertão" (hommage à Luiz Gonzaga, Roi du forró)

Vila Isabel: "Você Samba Lá .... Que Eu Sambo Cá!
O Canto Livre de Angola" (hommage à l'Angola)

Et pour les lusophones, l'article dont je me réfère dans mon post :
Iogurte dá samba? Artur Xexéo