Cela fait un moment que je voulais commencer à écrire des articles sur le côté scène à Rio, car il y a tellement de pièces intéressantes que je pense que ça vaut la peine de passer un peu de temps dessus.

Je comptais en réalité initier mes premiers messages en présentant Daniel Herz, un très talentueux metteur en scène (et, soit dit en passant, mon prof de théâtre également), mais un nom plus internationalement prestigieux vient de le pousser du piédestal pour prendre la 1ère place de mes débuts en tant que critique de théâtre.

Il y a 3 jours, la Compagnie de Peter Brook s'est installée à Rio pour présenter "Une Flûte Enchantée", revisitée, bien évidemment, à la sauce brookienne.

Ils ont inauguré en second spectacle avec succès un petit théâtre fermé depuis quatre ans pour rénovation complète interne et externe, le Teatro Dulcina (à Cinelândia).

Rien que pour la première, ce mardi 6 septembre, les premières huées se sont fait entendre. Non pas pour protester contre le talent des acteurs/lyristes/Peter Brook, mais pour protester contre la Funarte (Fondation Nationale des Arts, administrateur de l'établissement) qui a distribué environ 960 (dont moi !!!) invitations étalées sur 3 jours, et laissé au public uniquement 300 entrées disponibles (dont une que j'ai achetée, faute de pouvoir me rendre au jour indiqué sur mon carton d'invit', ce qui prouve que j'avais TRES envie de voir la pièce).

Mais bref, mis à part cette vive protestation, les 3 jours de spectacle se sont "vendus" comme des petits pains, et furent frénétiquement applaudis.

Ce n'est ni de l'opéra, ni du théâtre, mais un entre-deux, le monde théâtral qui passe comme le Gulf Stream au milieu d'un opéra vieux de 220 ans, Peter Brook utilise la scène pour créer un univers que Mozart n'avait certainement pas imaginé, mais aurait certainement aprouvé. A l'aide de bambous plantés sur des pics, Peter Brook crée tour à tour une forêt, une cage, une chambre, un arbre, un mouvement et une couleur, un élément essentiel au jeu des acteurs/chanteurs lyriques. Les costumes sont très simples, telle est sa marque de fabrique, et la seule couleur qui sort de l'ordinaire noir/ocre/rouge brookienne, est la robe à vive couleurs de Pamina, à mon avis pour illuminer cette jeune romantique au coeur vibrant de désir d'amour.

Les acteurs/chanteurs lyriques, jouent avec le public, ne le laissent pas de côté comme s'il n'éxistait pas. Papageno tente de s'enfuir de scène, se jette sur quelqu'un du public pour se cacher (et s'en suit une belle improvisation en portuguais) mais finit par être rattrapé par l'Acteur (personnage "imaginé" par Peter Brook, qui remplace les 3 dames d'honneur de la Reine de la Nuit, brillament interprété par mon ami William Nadylam), il demande conseil au public, le fait rire et participer, et ce qui en ressort, c'est ce souffle, cette respiration du public qui accompagne les comédiens, aussi précisement que le fil d'Ariane tendu d'un bout à l'autre de la scène magique imaginée par Peter Brook.

Bref, une soirée qui a valu le coup et qui a enchanté (sans jeux de mots) le public et les critiques.

Alors, encore une fois Monsieur Brook, félicitations, et surtout, merci.

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Credits photos : Théâtre Dulcina: S. Castellano ; Photos pièce: Ivana Moura et Pascal Victor.