C'est par hasard, en cherchant l'une de ces petites carrioles de rues vendant des desserts fait-maison, que je suis tombée sur ce typique boui-boui du centre-ville.
A l'heure du déjeuner, j'ai eu une furieuse envie de manger une délicieuse part de gâteau au manioc. C'est un dessert traditionnel du Nord du Brésil (probablement de Recife, bien que tous les états se disputent l"invention" de ce met) à base de... manioc. Il viendrait d'une légende tupinambá, dont la déesse Mani (déesse de couleur blanche), trouva un jour refuge dans cette racine et y élu domicile.

Bref. J'étais donc désesperée à l'idée de ne pas trouver mon dessert favori, quand je me suis arrêtée dans ce pseudo restaurant/buffet.
A Rio, il est très commun de voir ce type d'établissement : l'entrée est faite de comptoirs en verre de part et d'autre de la pièce, généralement d'un côté les aliments salés, de l'autre les sucrés. Un peu comme une boucherie française : d'un côté la viande, de l'autre les rillettes, pâtés et autres.
Au Brésil, on mange souvent sur le pouce. C'est plus agréable, moins cher, et moins long. Du coup, il y a une pelletée de petites choses salées, telles que les pão de queijo (pain au fromage), les empadas (mini-mini-tourtes), les kibes (genre de boulette de viande épicée typique du Liban), les coxinhas (boulette cette fois à base de poulet, souvent remplie également de fromage), et ainsi de suite. Juste des petits trucs à manger rapidos entre 2 rendez-vous et un saut dans le métro.
On peut manger debout au comptoir (pas de tabouret, ce n'est pas un café parisien), ou bien prendre à emporter. Parfois, l'endroit est assez grand pour recevoir des tables et donc très souvent, un buffet à volonté dont le prix est affiché au kilo.

Je me suis donc précipitée vers le comptoir côté sucré pour demander s'ils avaient l'objet de mes désirs. Manque de bol, non. "Mais j'ai quelque chose de bien meilleur" a rajouté le vieux proprio. "Un gâteau au tapioca". Ça ne me disait pas plus que ça, lorsqu'une dame à mes côtés a rajouté "c'est le meilleur gâteau de tapioca que j'ai déjà mangé. D'ailleurs, j'en veux un à emporter !" a-t-elle dit en donnant 3 Réais à Seu Rafael. Ok, il pleut, il fait froid, j'ai faim et aucun gâteau de manioc en vue, alors c'est parti pour un essayage de tapioca sucré tout juste sorti du four. Comme j'étais sceptique à l'idée de troquer mon manioc pour un vulgaire tapioca, j'ai eu droit à 3 paires d'yeux (Seu Rafael, la serveuse et ma conseillère) qui ont fixé ma première bouchée du dessert. Un délice. Le tapioca est légèrement gluant, pas trop sucré et bien cuit, dessous il y a une croûte croustillante toute fine et sur le dessus coule un fin filet de caramel. Bref, juste le kiff.
Seu Rafael est très bavard, alors il me raconte que son esfirra (autre bouchée salée libanaise) est la meilleure de tout le quartier. Voire, de tout Rio (en toute modestie). L'Emir a été ouvert il y a 60 ans, par son père, émigré libanais. Et d'après Seu Rafael, les Portugais ne connaissent rien aux desserts et se vantent beaucoup trop qu'ils sont les meilleurs en cuisine rapide en matière de bouchées salées et sucrées. Et que d'ailleurs, les riches ne connaissent jamais les meilleurs endroits ou manger, car généralement il ne vont jamais s'aventurer jusqu'au Centro. Bien souvent, il ne quittent même pas l'Europe. Et que seuls les gens humbles savent ou se trouve la meilleure esfirra (à l'Emir, bien entendu) et le meilleur gâteau de tapioca (idem).
C'est mon avis, mais je crois que Seu Rafael n'est pas fan des lusophones européens.

Points forts : le gâteau de tapioca (et l'esfirra, très probablement). Et Seu Rafael qui raconte sa vie.
Points faibles : pour en trouver, il faudra que j'y retourne pour y déguster plus que le dessert.

Adresse :
Rua México (avant le numéro 146)
Centro

P1050924